Des conditions uniques
Les Bouches de Kotor sont une ria soit un “canyon ennoyé”. Concrètement, la mer Adriatique pénètre le Monténégro pour ramifier quatre golfes surplombés par les montagnes. Ce port naturel exceptionnel fut exploité par les vénitiens (Albania Venetia de 1420 à 1797) qui y bâtirent des villages en pierre de taille. C’est ainsi plus de 100 kilomètres de côtes qui offrent un climat doux, une mer d’huile, une architecture pittoresque et des paysages époustouflants.
Un an après l’indépendance du pays, en 2007, le plus grand des golfes trouve preneur puisqu’un milliardaire canadien jette son dévolu et met main basse sur un des plus beaux coucher de soleil du monde en s’offrant Tivat. C’est grâce à lui, sa démesure et son goût inconstant qu’une liaison directe existe entre Genève et ce qu’on appelle à tort “le seul fjord de Méditerranée”.
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Identités multiples
Kotor est le nom de la ville la plus reculée dans les terres. C’est aussi la plus touristique et (donc) la plus désagréable, même en basse saison. Si vous y passez, ne manquez cependant pas Cesarica dont les tables coincées par une ruelle tortillée offrent une carte excellente. Séjournez plutôt à Dobrotva, vous y trouverez nombre de chambres d’hôte avec vue, au calme et bon marché. C’est un pied à terre de choix pour visiter les parties sud et est des bouches, de Luštica à Perast.
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Une montagne en mer
Seuls les paquebots qualifient ces eaux de maritimes. Tout le reste porte à croire que c’est un lac que nous surplombons d’une rive à l’autre. Nous en effectuons le tour, la houle est totalement absente et le cadre est montagnard, tout comme le tempérament bien trempé de ses habitants. Y circuler n’est pas chose facile, il vaut mieux s’armer de patience en voiture et prévoir de bonnes chaussures pour les visites qui s’apparentent souvent à de la randonnée.
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À flots
Si vous désirez vous imprégner de la culture locale, dirigez-vous vers Herceg Novi. C’est la ville la plus populaire et la plus monténégrine de la baie. La natation est pratiquée à tout âge depuis toujours dans la région. Aussi, c’est un stade de water polo qui enflamme les soirs de matchs au Monténégro. Celui-ci est construit sur la mer et son éclairage rayonne sur tout le port. Les entraînements y sont permanents. Nous croisions ainsi régulièrement des enfants qui en revenaient avec le bonnet de bain et leur maillot et regagnaient leurs pénates. Si la majeure partie de l’activité portuaire est liée au tourisme, la pêche et la cuisine qui s’y rapporte sont très ancrées dans la culture locale. Ne manquez pas le restaurant Feral toujours rempli d’habitués. Leur carte de vins monténégrins est la meilleure que nous ayons trouvée.
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Des terres convoitées
La latitude clémente de la région, très similaire à la Corse par exemple, donne une végétation fournie pour un climat aussi ensoleillé. Ses paysages sont restés intacts puisque le pays fut longtemps en guerre. Le Monténégro s’est récemment ouvert au tourisme et pusique le pays ne fait pas parti de l’UE, c’est une autre guerre qui assura son essor. Les russes peuvent venir y placer leur argent sans souci. L’immobilier a ainsi déjà doublé de valeur en cinq ans. En sortant de l’arc formé par Perast, Kotor et Tivat, les prix restent très abordables. Luštica et Njivice sont les dernières zones qui aiguisent les appétits des promoteurs.
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Pour combien de temps?
Les bouches de Kotor, trésor naturel et architectural du Monténégro, sont aujourd’hui menacées par un tourisme incontrôlé. Le manque d’infrastructures adaptées, avec des routes étroites constamment saturées, crée un engorgement quotidien qui étouffe la région. Les énormes navires de croisière, en plus de déverser des milliers de visiteurs en quelques heures, polluent gravement les eaux et l’air de la baie. Cette pression touristique, non régulée, inquiète l’UNESCO, qui envisage de retirer le site de sa liste du patrimoine mondial. Sans mesures immédiates pour freiner cette surfréquentation, Kotor risque de perdre son authenticité et son équilibre fragile.
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